Manuel pour devenir une parfaite rabat-joie.2

Publié le 27 Novembre 2014

Manuel pour devenir une parfaite rabat-joie.2

Moi ? Devenir végétarienne ?

Jusqu'en 2013, pour être honnête :
JE N'Y AVAIS JAMAIS SONGÉ. Jamais.

Alors concrètement : comment en suis-je arrivée là ?

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1/ EN RENCONTRANT DES PERSONNES PARTAGEANT LES MÊMES PRÉOCCUPATIONS QUE MOI

et avec qui j'ai pu discuter librement, faire avancer les choses dans ma tête.

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Mais surtout...

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2/ EN LISANT DANS MON COIN.

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Ça peut paraître tout bête, de changer à ce point juste en "lisant".

=> Mais m'être documentée "en long, en large et en travers" (livres, articles sur le web, études scientifiques, enquêtes), m'a vraiment fait prendre conscience de certaines évidences.

Qu'il m'a ensuite été IMPOSSIBLE de refouler.

En fait, je me demande moi-même pourquoi je ne m'étais encore jamais lancée dans cette démarche d'auto-documentation... alors que dans le fond : le respect de la vie animale, la santé, la préservation de notre lieu de vie à tous... ça a toujours été pour moi très important.

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Enfin voilà. Tout cela explique pourquoi j'ai atterri sur la planète des "acteurs éco-responsables" ... à 31 ans !

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EN QUELQUES MOTS :

POURQUOI J'AI ARRÊTÉ LA VIANDE ET LE POISSON ?

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En fait,

Je suis vraiment TOMBÉE DES NUES quand j'ai appris ce qui se passait RÉELLEMENT dans les élevages intensifs (tous confondus), et au cœur de la pêche intensive dont on parle finalement assez peu alors qu'elle est littéralement en train de VIDER nos océans de toute leur vie.

*

A titre d'exemple, concernant les effets de la pêche :

29% des 600 espèces pêchées dans le monde sont en voie d’extinction totale, et certains rapports estiment qu'il n'y aura plus de poissons à pêcher d'ici... 2050 !!!
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Franchement, je ne savais pas.

Je ne savais pas qu'en achetant de la viande ou du poisson, je pouvais avoir indirectement un effet positif ou carrément néfaste sur l'environnement. Que je devenais quelque part responsable de ça...

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Vous trouverez ci-dessous un lien vers un résumé plutôt bien fichu pour BIEN CHOISIR SON POISSON et SAVOIR RECONNAÎTRE les méthodes de pêche à éviter. Et il y a une application pour smartphone ! (site de l'association GOOD PLANET, fondée par le photographe engagé Yann Arthus-Bertrand que vous connaissez tous pour ses sublimes photos de la Terre "vue du ciel" :

http://www.goodplanet.org/ocean/consommer-responsable/comment-choisir-son-poisson/

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Mais il faut dire qu'on est aussi dupés par le marketing :

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On nous sert l'animal débité dans de jolies barquettes "toutes propres", et du coup, on est loin d'imaginer à quel point le processus de production a pu être CRADE.

Par appât du gain, les industriels ont repoussé les limites de la rentabilité au détriment du respect de la vie animale, de la planète (de l'avenir de nos enfants) et de notre santé !

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EXEMPLE PAS PLUS TARD QUE CETTE ANNÉE, A LA TÉLÉ :

Une célèbre enseigne fait la promotion de son jambon blanc :

On y voit des prairies, le ciel est bleu, l'air semble frais.

Slogan : "le porc breton, c'est bon" (ou un truc du genre)

Image extraite que voici :

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ON PENSE DU COUP :

BRETON + PRAIRIES : c'est sûrement produit "naturellement", c'est français donc valeur sûre et on contribue à l'économie du pays.

MAIS EN VRAI :

"Dans toute la Bretagne, les petites exploitations traditionnelles à dimension familiale se sont transformées en entreprises spécialisées dans l'élevage intensif et intégrées dans de puissants groupements de producteurs. La Bretagne concentre à elle-seule 58 % de la production nationale de porcs, dans des industries intensives" responsables d'une pollution dramatique des sols et des nappes phréatiques. [source : Le Point, 30/10/2013]

=> aucun de ces porcs n'aura jamais vu le ciel bleu durant son exploitation, ni goûté un seul bout d'herbe.

Je n'exagère pas. Faites-vous mêmes une recherche "élevage + intensif + porc" sur internet et vous verrez des pages entières de ça :

Exemples de photos, au hasard [sources, ici : Huffington Post ; Reporterre]Exemples de photos, au hasard [sources, ici : Huffington Post ; Reporterre]

Exemples de photos, au hasard [sources, ici : Huffington Post ; Reporterre]

Et ça vaut aussi pour les lapins, les vaches, les veaux, les poulets... les truites, les saumons...

=> Mêmes conditions d'élevage, même combat.

Mais je ne vais pas pouvoir évoquer ici toutes les problématiques liées à notre alimentation car il y aurait bien trop à dire.

Parce qu'entre :
  • les pratiques de l'industrie du lait, de l'industrie de l’œuf,
  • les conditions d'élevage pour la production de viande,
  • leurs impacts environnementaux à l'échelle nationale et dans le monde (épuisement des ressources terrestres, de l'eau, accumulation des déchets liés à la sur-production/sur-consommation, déforestation et augmentation des surfaces cultivées uniquement pour le bétail...),
  • leurs impacts sur notre santé (la crise de la vache folle, était déjà une première mise en garde sur ce que les industriels n'hésitent pas à faire, à notre insu, pour augmenter leurs profits),
  • etc.

... le mieux serait de faire vos propres recherches, par exemple avec ce livre qui est "plus froidement" basé sur des chiffres (et franchement il m'a beaucoup appris :-) )

http://www.fayard.fr/no-steak-9782213661537

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Pour en revenir au sujet de l'auto-documentation :

J'ai donc lu pas mal de choses en 2013 (et regardé des vidéos), sur environ 2/3 mois.

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Chaque article ouvrant sur une nouvelle problématique...

Ouvrant sur un nouveau scandale...

Ouvrant sur encore un nouvel article...
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Et face à tant d'horreurs qu'on est beaucoup à ignorer :

Le choc a franchement été brutal.

Je me souviens de cet employé, suivi en camera cachée dans un élevage porcin, en train de pousser brutalement du pied une truie qui n'avançait pas assez vite. Il l'insultait.

Je sais que les employés de ces élevages ne sont pas tous insultants. Mais je n'ignore pas que dans ces usines-à-bêtes, on n'a pas le temps pour des "traitements de faveur" : les animaux sont des produits à valeur marchande, il faut aller vite, être rentable, efficace. Pour vendre le plus possible, et marger au maximum.

La scène suivante montrait l'endroit où les porcelets étaient élevés. On y voyait des truies entravées sur le flanc au sol, entre des armatures de fer. Et les bébés tétaient frénétiquement ces mères rendues immobiles. L'employé s'est alors saisi de l'un des porcelets. Un commentaire expliqua sous l'image que l'on supprime régulièrement les petits que l'on sait d'avance qu'ils n'atteindront pas la masse attendue durant la courte phase d'engraissage. L'employé prit donc le porcelet par les pattes, et d'un coup de moulinet avec son bras, ÂMES SENSIBLES S'ABSTENIR [il lui fracassa le crâne sur le sol bétonné] dans un bruit effroyable que je vous épargne. Il le lança ensuite dans un conteneur, quelques mètres plus loin, d'où on apercevait plein de petites pattes semblables, toutes rigides. Et puis en fait, non... certaines s'agitaient encore (sans que personne ne les achève pour autant). Et d'autres porcelets étaient en attente, au pied de l'employé chargé du "ménage". Tout roses, gigotants et pleins de vie. Et condamnés au même traitement.

J'ai arrêté la vidéo, car je savais ce qu'allait être la suite. Je m'étais pourtant donné comme "objectif" de la visionner jusqu'au bout mais ça a été au-dessus de mes forces.

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Sans pouvoir vous l'expliquer, j'ai physiquement ressenti une énorme douleur quand j'ai découvert ce massacre organisé.

Pour nous, consommateurs.

(même si le Consommateur n'a pas demandé à ce que ça se passe comme ça, le fait qu'il achète le produit vient légitimer et entretenir ces pratiques, malheureusement...)

J'étais furieuse, horrifiée, profondément blessée, et dans l'incompréhension totale :

*

Je ne me reconnaissais soudain plus en l'être humain.

*

​Pour moi, c'était impossible qu'un humain puisse faire une chose pareille, avec notre soi-disant conscience "supérieure" !

Et tout cela sans une once de reconnaissance vis-à-vis de la vie qu'on s'apprête à prendre, ni de respect vis-à-vis de ces bêtes dont on s'approprie l'existence de façon unilatérale pour les inséminer, les sélectionner, les engraisser, les séparer, les abattre et les manger.

La brutalité dont j'ai été le témoin invisible, existe dans les films d'horreur où on s'amuse à se masquer les yeux. Mais là, c'était bien vrai. Et le pire, à mon sens, c'est que rien de cela ne transparaîtra jamais dans les barquettes qu'on achètera en bout de chaîne. LES BARQUETTES SONT RENDUES TROP BELLES ET TROP MUETTES.

*

Evidemment, j'aurais voulu leur demander pardon, à ces adorables petits "machins" roses et à ces mères privées de tout mouvement et de leurs besoins physiologiques, à savoir s'occuper de leurs progénitures. Ces animaux pourtant connus pour leur intelligence, leur sensibilité, leur curiosité, leur sociabilité... mais désignés et condamnés à n'être que des pompes à produire du jambon. J'avais envie d'y aller et de les secourir, tous. Et de tabasser ce gars pour qui la vie comptait si peu.

(évidemment, je ne tabasse personne, mais je me suis imaginée soudain avec d'affreux super-pouvoirs capables de le faire souffrir avec autant d'indifférence et de violence, qu'il le faisait avec ces êtres encore vivants).

*

Suite à cela, et comme je refuse viscéralement ces pratiques

(surtout pour un instant de "plaisir" fugace dans mon assiette)

ma décision vis-à-vis de la viande de porc a été prise ce jour-là, ainsi que pour toutes les autres espèces que l'on exploite de la même manière. 

Une décision sans retour possible.

*

Je dois avouer que je ne m'en suis jamais remise et mon homme me dit souvent que j'étais peut-être trop sensible pour regarder ce type de vidéos. Que des articles traitant des mêmes sujets, auraient sans doute suffi pour mon information et ma prise de décision. Mais je ne regrette pas, car je voulais vraiment savoir. Même si ces images relataient un cas particulier, prises à un moment donné dans une exploitation précise, je voulais connaitre la vérité, l'envers du décor : il est une pratique courante et légale de couper à vif la queue des jeunes porcs, de les castrer sans anesthésie et de leur arracher les dents pour éviter qu'ils ne s'abîment dans le contexte d'extrême promiscuité imposée par l'élevage intensif. Les truies sont effectivement entravées et les porcs partent à l'abattoir alors qu'ils n'ont que quelques mois. Ca, c'est la réalité d'un élevage que je refuse de financer en achetant une seule nouvelle barquette de viande.

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QUANT AU POISSON,

et au fait que, pour remplir nos étals AU MEILLEUR PRIX (DE REVIENT) :

des navires abîment les fonds marins, de manière irréversible à ce rythme. Le corail notamment qui met des décennies à se reconstituer.

Méthode du chalutage de fond : d’immenses filets lestés raclent les fonds marins jusqu’à 1800 mètres de profondeur et dévastent des écosystèmes multimillénaires et des espèces vulnérables, dont certaines sont menacées d’extinction [source : BLOOM]

Tout cela, sur une surface équivalente à la ville de Paris, CHAQUE JOUR.

Sans compter que ces navires prélèvent bien plus d'espèces, parfois en voie d'extinction, que les quelques kilos qui seront finalement retenus pour la vente...

Illustration plutôt claire à ce sujet :

"Pour un thon pêché, 5 espèces sont pêchées pour rien"

"Pour un thon pêché, 5 espèces sont pêchées pour rien"

Ces raisons me semblent juste évidentes

=> FIN DU POISSON DANS MON ASSIETTE.

*

Vous pourriez du coup me répondre :

- "Ben, achète du poisson d'élevage alors !"

Ce à quoi je vous répondrai que l'élevage, s'il n'est pas raisonné (= intensif) peut aussi être très néfaste pour l'environnement, le bien-être animal... et comme toujours aussi, VOTRE SANTE.

Vous avez peut-être vu, au moment des fêtes en 2013, ce reportage qui dévoilait les réalités franchement pas folichonnes de l'élevage du saumon (reportage qui avait d'ailleurs fait chuté les ventes...)

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MA PETITE CONCLUSION SUR CE SUJET QUI SOULÈVE TANT DE PASSIONS...

(désolée, j'ai eu un mal à fou à condenser !!! )

=>

A l'heure où nous ne faisons plus qu'acheter des barquettes "toutes prêtes" en s'épargnant tout le sale boulot (l'élevage, le transport, l'abattage, le dépeçage, l'éviscération et le débitage de la carcasse) :

je pense qu'il est de notre responsabilité de vérifier d'où notre achat provient, comment il a été traité et qui nous allons rémunérer (remercier/entretenir) avec notre billet.

*

Pour ma part, je ne comprends toujours pas qu'on ait pu devenir si barbares, par appât du gain et parce qu'on ne respecte plus rien d'autre que la race humaine. Trop orgueilleux pour comprendre que, pour (sur)vivre, nous avons nécessairement besoin de cette planète que nous affaiblissons pourtant, et de toutes ces jolies "choses" qu'on y trouve dessus. Je pense que nous nous sommes perdus à un moment donné, dans notre course folle vers une croissance infinie, et qu'à ce rythme, il n'est plus impossible que nous finissions par nous perdre pour de bon...

Manuel pour devenir une parfaite rabat-joie.2

...

Si vous n'avez pas le moral après la lecture de ce billet (pourtant fort joyeux) :

*

C'est normal et je vous invite à appeler le numéro de SOS AMITIÉ, Thérèse vous répondra peut-être :-)

*

Blague à part :

Pour se sentir mieux, plus en phase... il est aussi possible de changer certaines choses de ses habitudes et surtout,

en devenant pleinement responsable de ses actes (y compris de ses achats) :

  • Arrêter la consommation de viande et de poisson par exemple,
  • Arrêter la consommation d’œufs (dont la production entraîne la destruction de tous les poussins mâles, par broyage ou "gazage"),
  • Arrêter la consommation des produits laitiers (dont la production entraîne la naissance d'un veau/cabri aussitôt séparé de sa mère et dirigé bien souvent vers l'abattoir pour en faire de la viande),
  • Pour ceux qui trouvent cela trop difficile à mettre en œuvre : diminuer et/ou n'acheter par exemple que des produits issus de la filière Biologique qui prévoit des méthodes plus respectueuses pour l'environnement, le bien-être animal ET votre santé.
  • Encourager les PETITS producteurs locaux (fermes !), qui galèrent face aux grosses machines industrielles plus puissantes, influentes et lucratives.
  • Soutenir des associations qu'on trouve méritantes, quand on n'a pas forcément le temps ni la personnalité d'apporter son aide sur le terrain,
  • Et plus largement : faire attention autour de soi...

=> AGIR REND HEUREUX !

VÉRIDIQUE :

Chaque jour, je me réjouis de ne pas avoir dans mon assiette un produit ayant généré de la souffrance chez un être au moins capable de ressentir le stress, l'isolement et la douleur. Ou d'avoir causé un minimum de tort à notre petite planète, que j'aime (ça y est, c'est dit).
Go, go, go, Harrison ! :-D

Go, go, go, Harrison ! :-D

Rédigé par Albane Sören

Publié dans #Végéta*isme

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Commenter cet article

Laetitia 12/12/2014 18:25

Bienvenue dans le monde du végéta*isme ! C'est une belle aventure ! Bon, un peu compliqué parfois quand on habite dans un trou paumé, mais si on est motivé, c'est très enrichissant. Et on se sent enfin en accord avec ses idées.
Bonne continuation !