L'apologie de la mousse

Publié le 17 Septembre 2013

L'apologie de la mousse

Non, ceci n’est pas une nouvelle tentative d’encouragement à l’éthylisme houblonné. Comme mon alcoolisme (très sympathique, au demeurant) est plutôt notoire, on va éviter de se perdre dans ce genre de manifestations publiques.

Du coup, qu’est ce que le mot « mousse » pourrait-il bien vous évoquer d’autre ? Sans doute pas grand-chose pour la grande majorité… et puis, il y aura cette petite poignée qui pensera à la même chose que moi. Cette discrète communauté qui se montre pourtant très active dans les circuits de la Consommation, traquant efficacement « l’Objet Idéal » dans le grand secret des rayons dégoulinant de satin, de dentelle et de coton. Et pour les plus timides, tranquilles et en parfaites anonymes… du bout des doigts sur la souris de leur ordinateur, en faisant défiler consciencieusement les vitrines des sites de V.P.C….

De quoi vous parle-je ?!

Et bien de cette sacro-sainte mousse aux origines pétrochimiques,

qui tapisse l’intérieur de certains éléments bien connus de lingerie :-)

Alors voilà. Figurez-vous que j’ai découvert la semaine dernière, à 31 ans, que cela faisait environ 15 ans (juste ça) que j’achetais compulsivement, et par extension que je portais, la « mauvaise taille » de soutien-gorge. Des soutiens-gorges trop grands, je veux dire (en même temps, portant moi-même la plus petite taille jamais conçue dans l’histoire du Prêt-à-Porter, si j’avais voulu prendre plus petit, il aurait juste fallu que je me perde au rayon "Enfants" !).

La raison de ce fourvoiement improbable est très simple :

LE DÉNI

C’est fou quand même… 15 ans que je refusais de voir la vérité en face :

Vendeuse que vous n’avez jamais vue, profitant d’une ouverture malencontreuse du rideau pour venir mettre son nez dans la cabine alors que vous êtes quasiment à poil, dans le meilleur des cas ‘totalement à l’aise avec votre corps’, dans le pire des cas ‘avec votre slip en coton des Mauvais Jours ; slip montrant manifestement des signes de fatigue au niveau de l’élastique’ ... ET vous venez de vous prendre une suée parce que avez dû virer vos 6 kilos de sacs de course, sac à main, écharpe, manteau, pull, etc. :

- Elle : « Tout se passe bien Mademoiselle ?! »

… et avant même que je n’aie eu le temps de lui répondre :

- Elle (fièrement) : « Oh ! Pour vous, il vous faut du A ! »

- Moi : « Certainement pas !!!! … vous croyez ?!!! »

[intérieurement : je hais cette vendeuse]

- Elle : « Attendez, je vais vous chercher ça… [quelques secondes plus tard] Tenez, le voici dans VOTRE taille. »

[toujours intérieurement tandis que je lui arrache ledit soutien-gorge qu’elle me tend, avec ma plus belle hypocrisie au coin des lèvres : alors ma Cocotte, on va pas être copines… tu me dis ça encore une fois, et je te fais gober les armatures de ton 95D…]

Finalement, ce jour-là, et comme à chaque fois, j’ai fait fi des suggestions des vendeuses, de toute évidence in-com-pé-tentes (what else…), et... je suis ressortie avec mon éternel 85B... Pas à ma taille, bien entendu !

(très pratique, en revanche, pour y glisser des objets quand on a les mains prises au supermarché).

… Je ne sais pas...

Je crois qu’il y a un vrai problème avec cette catégorie A.

  • Déjà, l’idée de porter le gabarit le plus petit du monde (sous-entendu = poitrine la plus petite du monde), bien oui, cela met en lumière une injustice inacceptable dans la répartition des richesses de la génétique, et ça, ça m’emmerde royalement.
  • Deuxièmement, et très objectivement : les bonnets A ont l’air carrément trop petits pour être portés par un être humain. Un être humain ADULTE, je veux dire. Non mais sans déconner… on dirait des accessoires de poupées vendus chez American Girl !
  • Troisièmement : ça fait trop longtemps que j’achète du 85B pour admettre mon erreur à maintenant 31 ans… accepter d’acheter du 85A reviendrait concrètement à accepter une défaite.
  • Enfin, j’ai espéré depuis mon premier soutien-gorge, à savoir un 85A, que tout ce bazar mammaire se développerait un jour. A l’instar de mes congénères, finalement. Alors oui, après avoir eu 15, 16, 17, 18, puis 19 ans… j’ai finalement acheté mon premier 85B. Il ne m’allait déjà sans doute pas, mais voilà, c’était fait : j’étais enfin devenue une femme !

* * * Alléluia * * *

L'apologie de la mousse

Bon, ce qui m’amuse aujourd’hui, c’est que j’ai ainsi pu accéder à une sphère privée et absolument insoupçonnable de la psychologie féminine. Et d’une manière générale, à une facette du quotidien féminin, vécu selon une minorité de femmes.

Selon une source quelconque du web, la moyenne française du tour de poitrine chez la Femme serait de 93 cm.

Et dans ce quotidien, il faut bien s'imaginer à quel point il est usant de vouloir s’offrir un nouvel ensemble… la réussite de l’opération tenant déjà au « tâtonnement » systématique (virant d’ailleurs à l’obsession) de la mousse dissimulée à l’intérieur des bonnets de soutien-gorge… vous comprendrez que tout ce bin's prend évidemment des heures, et cela JUSTE pour identifier dans un premier temps les candidats susceptibles de passer l'épreuve de la cabine d’essayage... Autant dire qu’il faut prendre son après-midi.

L’autre avantage, c’est que j’ai atteint le niveau « Expert + » en Langues Techniques et Appliquées de la Micro-lingerie : ampliforme, « Push-Up / demi Push-Up », paddé, pigeonnant, coque progressive, coussinets amovibles, « Plunge »… je pense qu’une reconversion en boutique spécialisée est désormais tout à fait envisageable (étant précisé que j’aurais, de plus, toutes les compétences requises pour tendre avec tact et élégance un 85A à une cliente, et ce, SANS AUCUNE CONTRARIÉTÉ. Enfin, je crois... le Bonnet A est susceptible, il faut quand même le savoir...).

En revanche, et pour mes amis qui lisent mes publications : dans cette folle diversité d’accessoires et de subterfuges inavouables, je tiens tout de même à préciser que

je n’ai jamais tenté les coussinets en silicone vendus sur internet ! Je le jure.

Vous savez ! Ces espèces "d'escalopes" prêtes à être glissées dans le soutien-gorge… d’une part, j'ai refusé de m'y soumettre pour l'honneur, et puis je me suis dis que j’aurais bien du mal à justifier à mon copain l’origine et la destination de cette chose flasque et rose, si d’aventure cela venait à tomber de sa loge…

L'apologie de la mousse
Et puis en toute franchise, il me semble que la paire de chaussettes roulée en boule était déjà une déviance difficilement justifiable ! (pour ma défense, j’avais 20 ans)

Enfin voilà…

Puisque l’heure n’est plus à la mousse :-)... j’avais envie de rendre un dernier hommage à cette invention, il faut le dire, vraiment fabuleuse. Je pense que ça a dû sauver bon nombre de situations, et peut-être même des vies ! (en tous cas, cette mousse peut sauver la face, je vous l'assure...).

Parallèlement aux bienfaits désormais reconnus de cet artifice des Temps Modernes,

j'imagine aussi qu'on ne doit plus compter les hommes dont la sensibilité et la crédulité ont été brutalement heurtées...

Et pour ces milliers de victimes directes du renfort ampliforme, cette réalité est sans doute plus difficile encore à encaisser que la question du réchauffement climatique :-p

Imaginez plutôt cet instant de grande perplexité lorsque, un lendemain de fête, après une vague de grand doute, un homme encore innocent (j'ai dit "imaginez" ! :-) ) aurait soudain la bien mauvaise idée de vérifier sous la couette pourquoi l’altitude a ainsi chuté entre minuit et 9h du matin... La désillusion. Le choc. La déception.

En même temps, en créant la Femme à partir d'une côte, on peut bien se douter qu'il allait lui manquer, pour certaines, quelques éléments de finition ! ^_^

D'après l'oeuvre d'Albrecht Dürer [montage]

D'après l'oeuvre d'Albrecht Dürer [montage]

En tous cas et pour finir :

Au même titre que mes abominables chaussures plateformes d'une célèbre marque commençant par un B et se terminant par un O (je n'assume plus, alors démerdez-vous avec ça) que j'aurais très bien pu conserver -chaussures m'ayant tout de même permis de briller sur les pistes dans les années 2000- : et bien je crois que je vais ranger précieusement les vestiges de mon ancienne, mais pour sûr, Bienheureuse vie en Bonnet A :-)

Parce que je dois quand même vous avouer quelque chose : c'est qu'on a été très heureux, tous les trois, toutes ces années, chaleureusement collés-serrés les uns contre les autres...

Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

[Victor Hugo]

... l'essentiel est bien là, sous les couches de satin, de dentelle, de coton, de polyester et de polyamide... et la "beauté de l'âme" ne s'amplifie, ne se change et ne s'achète pas :-)

That is the point ^_^ Really.

L'apologie de la mousse

Rédigé par Albane Sören

Publié dans #Sport et paillettes

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Commenter cet article

Albane Sören 25/08/2014 10:38

Bonjour Emma,
N'hésite pas à m'écrire via l'onglet "CONTACT" sur la page d'accueil de mon blog : j'aurai ainsi ton email et je pourrai te répondre. Au plaisir et bonne journée !

Emma 24/08/2014 22:10

Sympa cet article! Dois je comprendre que tu as passé le pas des prothèses mammaires ? Si oui peux tu nous en parler ? Choix. Du chirurgien? Taille choisie ? Pas évident de choisir la taille juste pour que cela paraisse un peu naturel....