Vous avez dit Charmante ?

Publié le 19 Mars 2013

Jambes de la rédactrice, photo sans montage et non-libre de droits ^^

Jambes de la rédactrice, photo sans montage et non-libre de droits ^^

Y'a quand même un truc qui tourne pas rond...

*

Je ne sais pas comment un homme a pu s'imaginer, à un moment donné, même en état de total égarement ou d'inconscience... qu'il pouvait flatter la sensibilité d'une femme en la sifflant grossièrement à la terrasse d'un kebab, suivi de ses trois autres potes tout aussi discrets sur ce retournement de tête bien connu : "Hey-Mate-Son-Cul"

(au passage, il n'y a d'ailleurs qu'eux qui pensent l'avoir joué discret)...

*

Non vraiment, j'essaie de comprendre, mais je ne trouve toujours pas d'explication cohérente. Ni comportementale. Ni clinique.

Du coup, on se le dit souvent entre filles, collègues, copines :

"Y'a parfois un truc qui ne tourne pas rond chez eux..."

*

Le plus simple pour que vous compreniez, c'est de vous retracer une journée-type dans la peau d'une femme, moi en l'occurrence. En jupe.

Un matin ordinaire de semaine :

Première étape-clé : l'autoroute

Vous avez dit Charmante ?

Certes, ma voiture dispose d'un toit panoramique en verre. Certes, je suis en jupe ce jour-là. Mais il ne me semble pas non plus être en guêpière derrière une porte vitrée du Red Light District d'Amsterdam. Il se trouve que la nuance est visiblement toute relative dans l'esprit de certains chauffeurs routiers...

  • 5ème kilomètre :

Je dépasse un camion.

Appels de phares en rafale.

  • 5ème kilomètre, 600ème mètre :

Je dépasse un camion.

Appels de phares en rafale.

  • 6ème kilomètre :

Je dépasse un camion.

Appels de phares en rafale.

... "Mais quoi !!! J'ai percuté un chat et il traîne à l'arrière de la voiture ?!!! Mon coffre est ouvert ?!!! Je perds de l'huile ?!!!"

[ah non... évidemment... ça y est, je viens de comprendre..]

Ô joie du matin.

*

Deuxième étape : rejoindre le bureau A PIED

Vous avez dit Charmante ?

Alors,

  • entre la voiture de cinq benêts qui fait mine d’accélérer lorsque je traverse le passage-piétons (attends, je me marre, géniale cette blague),
  • celui qui manque de me percuter en me croisant sur le trottoir et fait exprès de ne pas me laisser passer (attends, je me marre, géniale aussi cette blague),
  • le camion qui me klaxonne au feu rouge, au moins aussi discrètement que la sirène du France, sur une triple voie, devant une horde de voitures aussi navrées pour moi que pour lui,
  • le "fffff ! fffff !" (dur à écrire pour vous le décrire) qui va de pair avec le "Hmmmm Charmante..." (by Marc Dorcel) et le "Hey ! Un 06 ?!"

Ce à quoi j'ai EVIDEMMENT envie de répondre : "alors, oui mon Grand, attends bouge pas, je cherche un papier et un stylo... j'aime bien donner mon numéro de téléphone à de sombres inconnus histoire d'être bien emmerdée de jour comme de nuit... au fait, tu veux mon adresse et mon digicode avec ?!"...

Bref...

Les emmerdements continuent...

*

Troisième étape : aller se chercher son déjeuner

Vous avez dit Charmante ?

Cette étape semblerait anodine.

Divertissante.

On pourrait se dire "Chic, je vais m'aérer un peu !"

Mais pas toujours.

  1. Parce qu'il y a des terrasses de café à longer, avec au moins un homme "lourd" en train de siroter son café depuis 9h ce matin, la clope au bec, et qui vous fera sans doute le coup du "Hey-Mate-Son-Cul"
  2. Et puis aussi parce que le boulanger vous tendra l'éclair au chocolat que vous avez demandé, avec un air particulièrement salace. C'est bien fait, la prochaine fois vous demanderez le sablé nature, d'une tristesse pour le coup réconfortante...

Quatrième étape : rejoindre une copine dans un bar

Vous avez dit Charmante ?

L'étape hautement périlleuse !!!

S'y rendre seule, c'est de l'inconscience pure.

Mais alors à deux, c'est carrément du

suicide collectif

*

(oui, je sais, vous allez me dire qu'il y en a qui cherchent bien la merde aussi. Ok, soit...)

Les filles, sortez-vous bien ça de la tête :

se retrouver isolée dans un bar ou en boîte, c'est même pas la peine d'y penser.

Avoir simplement l'envie de danser, seule (quoi que ça ne me viendrait pas vraiment à l'idée...), avoir envie de "discuter", c'est globalement inenvisageable.

90% de chances pour que vous passiez pour une âme égarée en quête désespérée d'une (fin de) soirée coquine.

Fatalement.

Et à deux, c'est au choix :

  • deux âmes égarées en quête désespérée d'une (fin de) soirée coquine, en tandem, et pourquoi pas avec toute la communauté ;

(une femme "disposée" est en plus perçue comme d'humeur très généreuse)

  • deux lesbiennes, ce qui n'aura absolument pas l'effet d'éloigner le mâle primaire, bien au contraire... (mais de préférence quand même, on préfèrera plutôt deux bisexuelles... tant qu'à faire...).

*

En tous cas, c'est dans ces soirées que j'ai eu le plaisir d'entendre les plus belles perles.

Lorsque les bouteilles et les verres se vident et s'alignent, que la testostérone exulte, aggravée par un facteur "effet de groupe", et que l'heure des bonnes manières est définitivement révolue... Et alors là...

ALORS LA ! ...

=> La phrase la plus anthologique que j'ai entendue, c'était en 2012.

Je vous replante le décor :

Soirée improvisée. Nous étions avec une amie parisienne, appuyées contre le bar. Juste nous deux. Nous avons commencé par boire un premier verre. Paisibles. Entre copines. Comme le feraient deux copains, finalement. Tranquillement. Et puis j'ai eu besoin d'aller récupérer mon sac à main aux vestiaires.

Lorsque je suis revenue, mon amie n'était plus seule, étroitement encerclée par un troupeau d'individus inoffensifs mais de toute évidence déjà bien éméchés (= La subtilité ? J'connais pas... puis on s'en fout, non ?!). Je me suis assise sur mon tabouret, contre le bar. J'ai attendu quelque secondes. J'ai écouté, la paille dans la bouche (graaaave erreur = suçoter son sirop à la paille envoie un signal aux hommes). Et là, soudain...

L'INSTANT MAGIQUE,

MON INSTANT RICORE ® :

L'un des gars interpelle son collègue, manifestement occupé à mettre en œuvre une tentative d'approche avec mon amie.

Plutôt (très) excédé d'avoir été interrompu, il se retourne et lui lâche, en braillant à moitié :

- "Quoi ?! Qu'est ce qu'il y a ?!!! Non mais attends deux secondes, je suis sur un chantier, là..."

Hmmm... UN CHANTIER...

D'accord...

Magnifique...

C'est officiel : ceux-là me font carrément rêver...

Vous avez dit Charmante ?

Cinquième et dernière étape : rentrer chez soi à 02h30

=> Le principe de base pour ne pas être emmerdée (parce que tant que vous n'êtes pas occupée, vous êtes une proie facile d'abord) :

Ne jamais sourire, et idéalement, faire semblant de "farfouiner dans son sac à main".

(je suis sûre que vous voyez exactement de quoi je parle, quand je dis "farfouiner dans son sac à main")

*

Je m'explique :

Apparemment, il aurait été établi que

SOURIRE = NEED TO HAVE SEX NOW

(dans la même lignée, nous avons aussi JUPE = OPEN)

DU COUP, C'EST TRÈS SIMPLE :

On ne sourit pas. Voire, on fait la gueule.

=> Et voilà comment certains hommes trouvent à tort certaines femmes "hautaines", surtout après une certaine heure de la nuit... alors que cette attitude est simplement conditionnée par les réalités de notre quotidien, je dois dire parfois assez pénible (non, allez, n'ayons pas peur des mots : CHIANT !).

*

C'est donc à ce moment-là que je rentre chez moi, après avoir longé les murs, d'un pas aussi décidé qu'inquiet.

... Après m'être demandée si on était en train de me suivre ou si on empruntait juste le même chemin que moi.

... En espérant ne pas avoir à refuser un sourire dans le métro.

... En espérant ne pas avoir à attendre trop longtemps dehors, sur le quai.

... En espérant finalement que la terre ne soit peuplée que de femmes, à cet instant précis de ma vie...

Vous avez dit Charmante ?

Enfin, DERNIERE ETAPE AVANT LE LIT :

U-Turn final, en pleine nuit, sur "mon" autoroute :

  • 5ème kilomètre :

Une voiture me dépasse.

Klaxon en rafale.

Là, en toute logique, je tourne la tête à gauche pour voir ce qu'on veut bien me signaler dans cette autre voiture (on ne sait jamais, j'ai peut-être encore un chat accroché au pare-chocs)...

... et que vois-je ?!

Deux "imbéciles heureux" qui me font signe

manifestement pour m'inviter -très cordialement- à m'arrêter avec eux sur le bord de la route !

(Là, comme ça ?! Sur la bande d'arrêt d'urgence ?! Hmmm... chez vous, plutôt, non ?! C'est plus prudent je trouve...)

Anthologique DUMB & DUMBER

Anthologique DUMB & DUMBER

Le pire dans tout ça, c'est qu'il faut quand même bien imaginer qu'avant d'arriver à ma hauteur (en ayant déjà klaxonné, donc), et bien ils n'avaient pas vu à quoi je ressemblais !

Vous imaginez, vous, ce qui a bien pu se passer dans leur tête ?!

=> "Hey, regarde devant, je crois qu'il y a un quelqu'un avec des cheveux longs !!! Vas-y klaxonne !!! C'est sûrement une fille, y'a p'têtre moyen..."

*

Du coup, après une "journée-type" aussi éprouvante, je me suis demandée ce que ça ferait si on échangeait les rôles ===>

​- Imaginez qu'on klaxonne les hommes sur les autoroutes, 
- qu'on claque les fesses dans la cohue des bars en faisant mine de n'y être strictement pour rien, 
- qu'on alpague le petit jeunot qui traverse innocemment la route pour rejoindre son lycée, 
- qu'on se lèche obscènement les lèvres en servant le chausson fourré à l'abricot que le pauvre client a demandé, 
- qu'on se retourne, à dix filles, sur le petit cul moulé dans son jean
- qu'on flatte délicatement les hommes au croisement d'une rue, par un "Hmmmm très charmant"...

LE BORDEL QUOI !!!

Enfin voilà quoi... que dire de ça...

Les bras m'en tombent bien souvent.

J'ai d'ailleurs des bras artificiels depuis le temps ;-)

*

Et oui, les gars...

Vraiment, parfois, y'a un truc qui tourne pas rond... :-)

Vous avez dit Charmante ?
A la demande de Monsieur Agniel, 
My Thirty's Diary tient à présenter ses excuses pour la teneur offensante de certains propos et précise que, bien évidemment, il y a aussi des hommes respectables en ce Bas-Monde, qui ne klaxonnent pas sur l'autoroute (sans doute qu'ils sont myopes ou qu'ils ont un problème technique avec leur voiture), qui ne "claquent pas les fesses dans la cohue des bars" (handicapés ? les mains prises ?), qui utilisent d'autres références que la Caverne de Platon pour emballer en soirée, qui sont plus à tendance gourmande que salace à l'approche d'un éclair au chocolat, et qui ont la présence d'esprit de pratiquer le "Hey-Mate-Son-Cul" avec beaucoup de discrétion et d'élégance... 
A ceux-là, je vous dis bravo et merci :-)    <3 <3 <3

Rédigé par Albane Sören

Publié dans #Nos bons hommes

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Pierreh4190 19/03/2013 18:44

ça devrait être lu au collège ou être montré a la télé pour les plus vieux, car c'est juste un manque de recul sur ses actes, comme le gars avec une voiture trop tuné, il n'a plus de recul sur ce qu'il fait et a l’impression d'en mettre plein la vue...

Mary 19/03/2013 18:31

ho mon dieu... je rentre totalement fatiguée, éreintée de ma journée et je te lis. et là, je ris, je ris et je ris encore ! putain que tu me fais du bien !!! merci ma chouquette !!