Mon père ce héros
Publié le 14 Mars 2013
Post pouvant être également lu sous le titre « Mes parents, ces héros », parce qu'il est évident que je verse aussi ces mots à ma beloved mère :-)
*
*
Pourquoi ?
Très simple. Petit florilège :
1/ Il mesure 1m82
2/ Il a des mains immenses
dimension qui avait plutôt tendance à m’effrayer quand je la voyais m’arriver dans la tronche, les fois où j’avais grave déconné...
3/ Ses bras sont assez bien proportionnés
il fait donc partie de ces rares hommes capables de m’enlacer toute entière, sans forcer, et peut-être même encore à l'aise pour se gratter le bas du dos (et ça, c’est la classe)
4/ Il est juste trop fort
tout à fait ! Monsieur coupe du bois à la hache, et dans "The man vs. The Log", c'est toujours lui qui gagne
5/ Il est rusé
allez faire manger du jambon blanc à des gosses qui détestent ça... ah oui, c'est vrai, il y avait la menace...
6/ ll sait tout réparer
avec certes des techniques parfois inédites et approximatives
7/ Il est l'être humain ayant compté le plus grand nombre de fois jusqu'à 10 dans sa vie
"Mange ton jambon, 1... Mange ton jambon, 2... Mange ton jambon, 2 et demi..."
8/ C'est aussi le seul homme à m'avoir jamais fait (autant) flipper juste avec son oeil de "père-pas-content-du-tout-et-tu-vas-d'ailleurs-t'en-ramasser-une-tu-feras-moins-la-maline"
9/ Il sait faire preuve, à ses heures, d'un self-control impressionnant (avec ses petits-enfants uniquement) et relève rarement quand je l’envoie balader indument
10/ C'est le roi de la négociation
il te ferait plier les vendeurs de tapis du Grand bazar d'Istanbul
11/ Il est capable d'attraper des mouches à mains nues
12/ Il est plus fort que le mauvais cholésterol, même sans beurre allégé
13/ Il offre encore des roses à ma mère, certains dimanches matins
14/ Il continue à me dire « Je t’aime » quand moi je ne lui réponds jamais
(grande sensible qui ne se l’avouera jamais...)
...
*
Je sais ce que vous allez dire...
Ça pourrait.
Mais non.
Il faut savoir que tout n'a pas toujours été aussi limpide.
- Déjà, parce que mon père a quand même ses failles. Si, si...
- Il confond encore Mariah et Jim Ca(r)rey ;
- il fait partie des originaux capables d'acheter un CD des "Il Divo" sans avoir été contraint ni forcé ;
- ses blagues -en particulier en public- retombent bien souvent à plat ;
- au volant de sa voiture, il ne connait que les 3 premières vitesses, y compris à 130 km/h sur autoroute ;
- il appartient à la communauté des "automobilistes-pas-pressés-qui-roulent-à-20km/h-en-ville", même en ligne droite... etc...
- Et puis, avant d'être capable de réfléchir et de lui reconnaître ses grandes qualités de "Père Trop-Balaise", j'ai été une adolescente. C'est à dire que j'ai passé un certain nombre d'années à me lamenter, dans un coin de ma chambre, implorant l'intervention satanique de l'esprit de Marilyn Manson, caché là, quelque part, entre les pixels de mon poster géant :
"Marilyn, sors-moi de là, pitié, mon père est vraiment trop naze..."
*
Pendant cette (longue) période, pour tout vous dire, j’ai été intimement convaincue que mon père était surtout
- le plus has-been,
- le plus chiant,
- le moins ouvert du monde,
- le moins bien fringué,
- le moins drôle, voire le moins fun de la planète,
- le moins compréhensif,
- le plus barbant,
- le plus pénible,
- le plus castrateur,
- le plus nul,
- le plus horrible...
Il y a des moments où je n’en voulais plus.
Il y a des moments où j'ai très sincèrement pensé le détester.
Il y a même des moments où je l’aurais bien échangé.
C’est vrai, avoir un père qui s’appelle Kurt Cobain ou Axel Rose, ça, ça aurait carrément déchiré…
*
Bon j'admets mes torts... parce que dans le genre Vraie Sale Gosse...
... MAIS QUELLE PRISE DE TETE !!!
Imaginez plutôt :
Un père de famille.
Vendredi soir, il rentre peinard chez lui pour retrouver sa "petite famille" (douuuux cocooooon)... parce qu'il a vraiment saturé de sa semaine de boulot qui l'aura bien usé jusqu'au dernier jour...
Et là j'imagine que t'as juste qu'une envie : te jeter en étoile de mer sur ton lit pour que LE MONDE ENTIER T'OUBLIE !!!... («J'en peux plus de cette gosse, vivement lundi que je retourne bosser»)...
Une adolescente. Tout simplement.
Moi, en l'occurrence...
Et vas-y que je te claque les portes ; et vas-y que je me bousille les cheveux avec des colorations violettes (fluo) ultra-décapantes qui massacrent la baignoire au passage ; et vas-y que je t'assomme avec du PRODIGY savamment dosé avec du LAURENT GARNIER et du N'IMPORTE-QUOI-POURVU-QUE-CA-SOIT-HARD-CORE au maximum des décibels envisageables sur une chaîne Hi-Fi de l'époque...
*
*
Bref. Voilà comment vous vous retrouvez un soir à chercher sur Gougueule, à la lumière d’une frontale au fond du jardin
(« Putain de Wi-Fi qui ne fonctionne pas derrière le tas de bois... ») :
- COMMENT SE DÉBARRASSER D’UNE ADOLESCENTE DIFFICILE
- DISPARAITRE + AUCUNE TRACE
- CRISE D’ADOLESCENCE : COMBIEN DE TEMPS CA DURE ?
- LÉGITIME DÉFENSE CONTRE UNE FORCENÉE + PEINE D'EMPRISONNEMENT
- DOIT-ON LES LAISSER FAIRE OU LES LIGOTER ?
- PÈRE EN DÉTRESSE + ADO + JE N’EN VEUX PLUS + QUE FAIRE
Enfin…
Preuve que ça ne les a finalement pas tant traumatisés que ça :
5 ans après ma naissance, mes parents ont rempilé avec une seconde fille...
C’est encourageant de savoir qu’après ce premier bizutage, mon père a quand même souhaité avoir un autre enfant.
Mais on peut tout à fait imaginer qu’à ce moment-là de sa vie, mon père espérait secrètement que les 1825 jours passés à m'élever (= servitude, dévotion et self-control plus ou moins maîtrisé), lui auraient donné droit à une récompense divine.
Comme par exemple...
avoir ensuite UN FILS
Vous savez....
- un enfant qui ne couperait pas les cheveux de toutes ses poupées
- un enfant qui ne flinguerait pas tous les tubes de rouge à lèvres de sa mère en se les écrasant de façon improbable sur la zone paupières/sourcils
- un enfant qui ne se roulerait pas par terre AU SIMPLE MOTIF que ses parents sont entrés dans un Disney Store en n’ayant pourtant aucunement l’intention (grave erreur !!!) d’en ressortir avec une robe à paillettes,
- un enfant qui se développerait NORMALEMENT en grimpant dans les arbres au lieu de leur raconter des histoires et ses peines de cœur,
- un enfant qui ne chouinerait pas parce qu’on ne lui a servi qu’une crêpe alors que « les autres en ont eu deux »,
- un enfant qui ne passerait pas son temps à venir « rapporter » les conneries de ses frères et sœurs par pur sadisme féminin (« Ô plaisir immense que celui de voir les autres trinquer parce que je les ai dénoncés »),
- un enfant qui ne vous parlerait jamais de Push-Up, de string, de mammoplastie,
- un enfant qui ne vous inquiéterait pas tant que ça s’il vous annonçait qu’il participait samedi soir à une Nude Party
… puis surtout…
- un enfant qui ne vous inquiétera pas parce qu'il saura rendre plus de coups qu’il n’en prendra,
- un enfant qui ne vous inquiétera pas lorsqu'il sortira le soir... surtout si c'est avec des garçons...
*
Tout cela pour dire que, si Dieu avait été sympa avec mon père, et bien après moi, il lui aurait filé un fils.
*
#pasgravejekiffemasoeur#
*
Heureusement pour moi, pour lui, pour nous...
Une bonne décennie plus tard,
Comme quoi, effectivement (pour rebondir sur ce que j'entends régulièrement en ce moment par rapport à mon célibat) : Oui, c'est vrai, "Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir".
Et récompense ultime :
Après tout cela, on peut un jour s'entendre dire de sa toute première fille ("la fierté de ses premières heures de père") :
